Voilà une randonnée d'envergure qui va faire traverser la chaîne des Fiz à deux endroits stratégiques pour faire le tour de cette belle pointe de Platé qui culmine au dessus du Plateau d'Assy. De par sa longueur et le franchissement du passage du Dérochoir (facile mais sportif) elle sera destinée à des randonneurs en bonne condition physique. Le départ et l'arrivée ne se situant pas au même endroit, il faudra prévoir 2 voitures, ce qui est souvent possible si on part entre amis. Ce petit inconvénient facilement organisable permettra alors de profiter d'une journée riche en diversité, paysages variés et panorama sublimes !
Le départ se situe au chalet refuge du Chatelet, à 3 km au dessus de la station de Plaine Joux. Il faut avoir auparavant déposé un 1er véhicule au parking de Praz Coutant situé dans un grand virage montant à Plaine Joux, matérialisé par une grande croix en bois. Prendre derrière le chalet le sentier en direction des Ayères et de Barmus qui monte tranquillement en sous-bois jusqu'à une intersection indiquant à droite "le Dérochoir". Continuer dans cette direction. On monte encore un peu en forêt puis celle-ci se disperse pour laisser apercevoir les falaises des fiz et bientôt les chalets d'Ayères. On débouche ensuite sur la piste venant de Barmus qui conduit aux chalets d'alpage. Si on ne connaît pas l'histoire des éboulements des Fiz qui est résumée ci-dessous, on est frappé par l'accumulation de nombreux rochers sur la pente au dessus des chalets et qui les traverse. Dès qu'on prend de la hauteur on s'aperçoit que cette coulée rocheuse descend en direction de Servoz dans la Vallée :
"La montagne des Fiz a vu au moins trois grands cataclysmes : un en des temps préhistoriques, le second au printemps de l'an 1471, le troisième en août 1751 qui donna à la falaise son aspect actuel. Les fracas étaient épouvantables et les avalanches se succédèrent durant un mois, jusqu'en septembre. La pire journée fut celle du 14 août où il tomba tant de rochers que les habitants crurent à la fin du monde. De Saussure raconte que " les habitants (…) crurent voir des flammes sortir de cet affreux chaos ". Un témoignage somme toute vraisemblable, les grands éboulements pouvant déclencher des phénomènes électrostatiques conduisant à la création d'éclairs. D'après les histoires de l'époque, la couche de poussière s'étendit jusqu'à… Bonneville ! Mais la création de l'actuel Dérochoir ne fut, selon toute probabilité, que bien peu de choses par rapport aux deux cataclysmes précédents. Il suffit de savoir, pour s'en convaincre, que voici quelques milliers d'années, la vallée de Sallanches courait jusqu'à Servoz. Elle ne débute dorénavant qu'à Chedde (commune de Passy) dont le nom signifie " chute ". Ce sont les gigantesques éboulements de la montagne des Fiz qui ont coupé Chedde de Servoz sur une pente dont l'étendue dépasse 5 kilomètres"
On traverse ce charmant hameau d'alpage avec ses beaux chalets rénovés, fleuris et certains habités en été puisqu'on peut y monter en véhicule tout terrain. Le temps de faire quelques photos dans ce paysage de carte postale face au Mont- Blanc rayonnant de tous ses feux, on parvient à l'intersection de la piste avec un sentier qui monte à gauche en direction du Dérochoir. Les choses sérieuses vont commencer car la pente se relève brusquement pour monter Ouest en direction du passage où il y a si longtemps la montagne s'est écroulée ! Plus on monte et plus on traverse de zones escarpées et caillouteuses. On s'élève rapidement et le paysage au Sud s'ouvre d'Est en Ouest toujours davantage. On arrive à une sorte de défilé formé d'un côté par la face du Dérochoir et de l'autre par un immense bloc monolithique pointant vers le ciel et qui a sérieusement limité le passage, laissant l'ombre une grande partie de la journée. I l n'est pas rare de rencontrer à cet endroit un grand névé en début d'été. Le sentier balisé de points rouges montre le passage dans de gros blocs qu'il faut enjamber avec prudence. De bonne heure le matin, cet endroit est austère et glacial mais bientôt on le dépasse pour déboucher aux pieds du passage équipé montant sur la crête. Profiter de l'endroit parsemé de gazons fleuris et d'une vue superbe sur la vallée pour faire une pause avant d'attaquer la montée qui ne pose pas de problème et qui permet également de se croiser avec ceux qui descendent. Pendant 200 mètres on va monter à l'aide de câbles, échelles, cordes et marches métalliques sans aucun souci. Puis la sortie enfin au sommet récompensera cet effort accompli. Le sommet est escarpé mais laisse la place à tous ceux qui ont décidé soit de continuer soit d'en faire le but de la randonnée. On peut s'installer un peu à l'écart pour admirer et profiter du panorama grandiose. Mais ceux qui ont décidé d'aller en direction de Platé doivent déjà repérer le sentier qui mène au col de la Portette. Attention, si on fait cette randonnée en début de saison on risque de rencontrer des névés sur cette face Nord qui rendront la progression problématique à certains endroits, sinon quand la neige est fondue cette un passage très beau qui laisse admirer une diversité géologique et minérale grandiose ! Une fois le sentier repéré et balisé par des points rouges, on descend tout d'abord doucement en direction d'un grand pierrier issu des pentes entre les pointes du Dérochoir et de Platé. C'est à cet endroit qu'on peut surprendre une colonie de bouquetins affectionnant les lieux. Certains installés sur des rochers semblent garder les lieux. On passe ce grand pierrier puis on chemine entre zones d'herbes fleuries et gros blocs rocheux en s'approchant du pied du col où la dernière montée est plus impressionnante que difficile. En 2 ou 3 lacets on atteint le col de la Portette qui va permettre de passer sur le versant Platé. Le col laisse encore surprendre quelques bouquetins égarés de part et d'autre et une belle vue sur le haut du désert de Platé avec le col et le sommet du Colonney et les 2 aiguilles de Varan et Barmerousse fermant le cirque. Aux pieds de cet immense désert de Lapiaz, nichés sur un replat verdoyant, se nichent les chalets de Platé et le refuge du CAF. Il faut encore une bonne heure pour les atteindre mais le plus dur est fait et on prendra bien un peu de répit aux chalets pour récupérer ou se désaltérer avant la descente des Egratz en direction du Plateau d'Assy. Cette descente doit s'effectuer avec attention, car son départ est raide et escarpé et on n'aimerait pas s'y trouver un jour de pluie ! mieux vaut regarder le ciel avant de s'y aventurer. Sinon rapidement le sentier reprend un aspect plus facile qui semble ne pas en finir pour arriver à une intersection (1400 m) menant à Charbonnière à droite et au parking de Praz Coutant à gauche. Il faut se diriger dans cette direction si on a laissé le 1er véhicule à cet endroit. Il y a bien une ligne de bus menant à Plaine Joux mais il faudra encore faire 3 km à pied pour monter au Chatelet ! Très éprouvant après cette journée bien remplie !